Yoga : Effets sur la dépression
- Marine GM
- 12 févr. 2023
- 7 min de lecture
La dépression est un des troubles les plus communs dans le monde avec environ 300 millions de personnes en souffrant selon l’OMS (1, 2). Le DSM-V définit la dépression comme 5 symptômes ou plus présents pour 2 semaines et plus, et qui entraînent une détresse émotionnelle et un dysfonctionnement de la vie quotidienne. Les symptômes peuvent être une humeur déprimée, triste, colérique ou facilement ennuyée, une perte d'intérêt et/ou de plaisir pour les activités précédemment appréciées, un sentiment d’inutilité, des difficultés de concentration et de prise de décision, une sensation de fatigue, d’agitation ou de lenteur, des changements d’appétit et d’habitudes de sommeil voire des pensées suicidaires. La dépression serait due à une combinaison de facteurs génétiques, biologiques, environnementaux et psychologiques. Le traitement classique est une psychothérapie, la prise d’antidépresseurs ou une combinaison des deux. Cependant, de nombreuses personnes ne souhaitent pas participer à une psychothérapie, ou prendre des antidépresseurs, en raison des effets secondaires, de la stigmatisation, ou encore d’un manque d’accès. C’est pour ces raisons que les patients s’intéressent aux thérapies complémentaires alternatives (3), à cause d’une perception de l’efficacité plus grande ou au moins similaire aux traitements pharmacologiques et sans effets secondaires. A visée thérapeutique, le yoga inclut toujours les mêmes principes de base pour promouvoir la santé physique, mentale et émotionnelle grâce à la pratique de postures, méditation et d’exercices de respiration (4).

Dans les différentes études, le yoga est comparé à une absence de traitement, des soins standards (traitement pharmacologique, thérapies de groupe, psychothérapie), des interventions de relaxation, de l’exercice physique aérobie (5).
En comparaison à aucun traitement les études trouvent que le yoga améliore la dépression mais avec des tailles d’effets qui varient (4, 5). A court terme, il semble que le yoga soit aussi efficace que la relaxation et l’exercice aérobique dans la réduction des symptômes mais avec des tailles d’effet moyennes (5, 6). En revanche, il n’y avait pas de différence significative entre les groupes comparant le yoga à la thérapie de groupe, aux groupes de soutien social, ou au traitement pharmacologique (5). Dans les cas de dépression grave, la thérapie électroconvulsive est toujours beaucoup plus efficace que le yoga qui ne semble pas avoir d’impact (5, 6). Lors du suivi à long terme, aucune différence significative n'a été trouvée lors de la comparaison du yoga aux soins habituels, à la thérapie de groupe ou aux groupes de soutien social (5).
Ainsi on peut en tirer des conclusions limitées quant à l’efficacité du yoga à court terme, et à long terme; il semble que l’efficacité soit retrouvée lorsque les individus souffrent de niveaux élevés de dépression (5). Seules quelques études s’intéressent aux taux de rémission ou à la qualité de vie avec des effets du yoga comparables à ceux du traitement pharmacologique, de la thérapie de groupe, des groupes de soutien social (5).
Le yoga comme forme de thérapie complémentaire semble être bénéfique dans la majorité des interventions (1). On trouve 6 interventions avec une amélioration, tandis que 3 ne trouvent pas de différence significative (1). Une étude qui n’a pas trouvé d’améliorations souligne que même si le yoga n’a pas permis l’amélioration des symptômes dépressifs, il en a évité l’aggravation (1).
Dans les études les plus longues trouvant des améliorations, celles-ci deviennent visibles dès le premier point de bilan, et continuaient tout au long de l’étude avec des niveaux de dépression baissant de façon significative, permettant de passer à un niveau inférieur (3).

Compte tenu des résultats contre la dépression dans la population générale, la recherche a commencé à explorer les interventions de yoga contre la dépression périnatale. On estime que la dépression prénatale survient dans 6 à 38 % des grossesses (7). La dépression prénatale, est une menace sérieuse pour le bien-être des femmes enceintes et du fœtus, car elle est associée à des conséquences négatives importantes pour les femmes et l’enfant, y compris des difficultés dans la relation mère-enfant (7, 8) et est encore plus répandue que la dépression post-partum (9). Elle se manifeste par le déclin de la mémoire à court terme, de l'attention et de la réflexion, jusqu’à avoir de graves troubles du sommeil, et dans les cas les plus graves des tendances suicidaires (10). Un traitement rapide et efficace de la dépression pendant la grossesse est important pour éviter des futurs impacts négatifs tant sur la mère que sur le fœtus (11). Les femmes dans ces cas peuvent s'engager dans des thérapies alternatives pour plusieurs raisons : un désir d'une approche plus naturelle, un alignement avec leurs croyances personnelles et des difficultés avec le traitement médicamenteux et ses potentiels effets secondaires (7, 8).
Certaines méta-analyses ont trouvé des différences significatives dans la dépression entre le yoga et les conditions de contrôle, favorisant le yoga (8, 9, 10, 11), dans ces cas là de façon stable (10) et d’autres non (8). Pour celles avec des résultats en faveur du yoga, il a été constaté des améliorations significativement plus importantes qui semblent continuer après le traitement (8, 9). Si on s’intéresse à une méta-analyse en particulier de Gong et al., en 2015 (6, 7), les résultats révèlent plus précisément que les niveaux de dépression baissent uniquement pour les groupes pratiquant le yoga dans sa globalité, avec les pratiques respiratoires et méditatives, en plus des pratiques posturales, et pas uniquement ces dernières. Ceci montre l’importance de pratiquer le yoga dans sa globalité, en particulier lorsqu’il est pratiqué dans une optique thérapeutique.
Une remarque méthodologique à souligner dans le cas des dépressions prénatales et post partum, sont les mesures adoptées pour évaluer la gravité de la dépression ou de l’anxiété, de sorte qu’elles pourraient être la cause de l’hétérogénéité des résultats entre les articles. Certains éléments ne pourraient pas être les mesures adéquates, comme la fatigue et le manque d’énergie par exemple, qui pourraient être considérés comme des symptômes réguliers de la grossesse et du post partum (9).
Comme pour la dépression classique, il semble que les interventions de yoga sont efficaces pour améliorer les symptômes de dépression prénatale comme option de traitement auxiliaire (10, 11), donc bénéfique pour réduire les niveaux de stress et d’anxiété durant la grossesse et donc une amélioration du postpartum.

Un autre cas particulier où le yoga a été testé pour améliorer les symptômes dépressifs est celui du cancer. Une taille d’effet moyenne a été détectée en faveur des interventions du yoga dans la réduction des symptômes en comparaison avec des conditions contrôles sans traitement ou avec traitement classique (12). Mais la condition pour que les interventions soient les plus efficaces est que les séances de yoga doivent avoir lieu pendant le traitement contre le cancer, et non après. En revanche, l’adhérence aux séances pose problème n’étant au maximum que de 50% (12).
Le yoga, comme pour l’anxiété, semble être relativement efficace pour améliorer les symptômes dépressifs, malgré qu’il ne s’agisse pas d’une substitution aux traitements traditionnels. On pourrait alors se demander si les mécanismes d’actions sont les mêmes. La dépression est due à un trouble des fonctions neurophysiologiques et biochimiques avec une altération du métabolisme des monoamines, pour les plus connues la sérotonine et la dopamine (5). D'autres neurotransmetteurs comme le GABA semblent aussi impliqués (5). L’impact bénéfique du yoga sur les symptômes dépressifs semble avoir un mécanisme similaire à l’anxiété, à savoir une sous-régulation de l’axe hypothalamo-pituitaire-adrénal et du système nerveux sympathique (3, 4, 5). Une autre piste serait une augmentation de la dopamine endogène et des niveaux de GABA, ainsi que de la sérotonine plasmatique, diminuant ainsi le déficit dû à la dépression (5). Comme pour l’anxiété, le yoga exerce aussi une amélioration des symptômes grâce à la forme collective de l’intervention, et donc du soutien psychosocial entre participants (10). Il reste tout de même important de continuer à explorer les modalités par lesquelles le yoga améliore les symptômes de la dépression.
Malgré ces résultats plutôt encourageants, de nombreuses remarques méthodologiques sont à faire. Certaines études incluent des patients diagnostiqués tandis que d’autres les incluent sur des questionnaires ou encore lorsque les participants rapportent eux-mêmes une dépression (1, 3). Ensuite, les interventions concernant le yoga sont difficiles à considérer ensemble, connaissant les variations dans les designs d’études et les styles de yoga (2, 3). Même en prenant un style précis, les pratiques diffèrent selon l’enseignant ou encore les autres participants du cours (2). De plus, la plupart du temps on cherche à savoir si le yoga est efficace, mais il n’est pas toujours comparé aux thérapies traditionnelles dans le but de savoir si il est plus, autant ou moins efficace que celles-ci, c’est aussi pour cela qu’il ne peut pas encore être recommandé en tant que thérapie principale (2, 3).

Pour conclure, sur la question de l’efficacité du yoga contre la dépression, les résultats de la plupart des études semblent encourageants, malgré quelques études ne trouvant pas de résultats significatifs. Et ceci, dans des cas de dépression traditionnelle, mais aussi dans les cas de dépression périnatale et due à un cancer. Les mécanismes d’action semblent être les mêmes que pour la réduction d’anxiété et de stress, à savoir une action sur le système nerveux sympathique et l’axe hypothalamo-pituitaire-adrénal. Les divergences entre études ne permettent pas un consensus scientifique et les mécanismes d’action encore flous ne permettent pas encore d’indiquer le yoga comme traitement principal contre la dépression, mais étant donné les effets secondaires quasi-inexistants, avec comme unique frein l’accessibilité et l’adhérence, il ne peut qu’être conseillé au moins en tant que traitement adjuvant aux personnes en ayant la possibilité et appréciant ce type de pratique.
Sources :
1 - Bridges L, Sharma M. The Efficacy of Yoga as a Form of Treatment for Depression. J Evid Based Complementary Altern Med. 2017;22(4):1017-1028.
2 - Nauphal M, Mischoulon D, Uebelacker L, Streeter C, Nyer M. Yoga for the treatment of depression: Five questions to move the evidence-base forward. Complement Ther Med. 2019;46:153-157.
3 - Louie L. The effectiveness of yoga for depression: a critical literature review. Issues Ment Health Nurs. 2014;35(4):265-276.
4 - Uebelacker LA, Epstein-Lubow G, Gaudiano BA, Tremont G, Battle CL, Miller IW. Hatha yoga for depression: critical review of the evidence for efficacy, plausible mechanisms of action, and directions for future research. J Psychiatr Pract. 2010;16(1):22-33.
5 - Cramer H, Lauche R, Langhorst J, Dobos G. Yoga for depression: a systematic review and meta-analysis. Depress Anxiety. 2013;30(11):1068-1083.
6 - Saeed SA, Cunningham K, Bloch RM. Depression and Anxiety Disorders: Benefits of Exercise, Yoga, and Meditation. Am Fam Physician. 2019;99(10):620-627.
7 - Gong H, Ni C, Shen X, Wu T, Jiang C. Yoga for prenatal depression: a systematic review and meta-analysis. BMC Psychiatry. 2015;15:14.
8 - Eustis EH, Ernst S, Sutton K, Battle CL. Innovations in the Treatment of Perinatal Depression: the Role of Yoga and Physical Activity Interventions During Pregnancy and Postpartum. Curr Psychiatry Rep. 2019;21(12):133.
9 - Lin IH, Huang CY, Chou SH, Shih CL. Efficacy of Prenatal Yoga in the Treatment of Depression and Anxiety during Pregnancy: A Systematic Review and Meta-Analysis. Int J Environ Res Public Health. 2022;19(9):5368.
10 - Wang G, Liang C, Sun G. Yoga's Therapeutic Effect on Perinatal Depression: A Systematic Review and Meta-Analysis. Psychiatr Danub. 2022;34(2):195-204.
11 - Ng QX, Venkatanarayanan N, Loke W, et al. A meta-analysis of the effectiveness of yoga-based interventions for maternal depression during pregnancy. Complement Ther Clin Pract. 2019;34:8-12.
12 - Gonzalez M, Pascoe MC, Yang G, et al. Yoga for depression and anxiety symptoms in people with cancer: A systematic review and meta-analysis. Psychooncology. 2021;30(8):1196-1208.




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