Yoga : Effet sur la douleur
- Marine GM
- 15 janv. 2023
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 25 janv. 2023
Le yoga pourrait être une modalité unique pour traiter la douleur associée à diverses conditions ou non, en diminuant la peur du mouvement, en soulageant la douleur, en normalisant la réponse au stress, et améliorant la conscience corporelle (1). De part son faible coût, son accessibilité et son adaptabilité, il pourrait être un nouvel outil à suggérer aux patients atteints de différents troubles comme les affections musculo-squelettiques, ou encore pour les douleurs menstruelles ou liées à la grossesse.
Les affections musculo-squelettiques sont un groupe hétérogène de troubles, comprenant des troubles inflammatoires tels que la polyarthrite rhumatoïde, l'arthrose, la fibromyalgie et la lombalgie (2). En plus des conséquences sur la santé physique entraînant des incapacités au travail et une éventuelle invalidité à long terme, les personnes atteintes sont à risque de toute une gamme d'autres effets indésirables comme la dépression, l'anxiété, l’isolement social et une qualité de vie globale réduite (3, 4, 5). Ceci s’ajoutant au coût économique en raison des traitements et de l'absence au travail (1, 3, 6, 7). Les traitements classiques sont des exercices physiques, de la kinésithérapie voire des traitements pharmacologiques et chirurgicaux (4, 5, 8). Malgré le large éventail d'options, la majorité de patients ne parviennent pas à obtenir un soulagement adéquat et continuent de ressentir une douleur importante et une détresse émotionnelle (4, 5). Il est donc nécessaire de savoir si les pratiques alternatives telles que le yoga sont efficaces pour soulager les douleurs (5).

La lombalgie est l'un des problèmes les plus courants avec 7,3 % de la population mondiale de tous les âges atteinte, entraînant des fonctions limitées (3, 4, 5, 6, 9). Elle désigne les douleurs lombaires, lombo-sacrées et sacro-iliaques qui s'accompagnent parfois de douleurs irradiantes des membres inférieurs, ne sont pas forcément liées à un trouble spécifique et peuvent persister de 6 semaines jusqu’à plus d’un an (3, 5, 6, 9, 10).
Il semblerait que le yoga réduit significativement la douleur en 4 à 8 semaines par rapport à aucun exercice (2, 5). Ces améliorations continuent jusqu’à 6 mois et s’affaiblissent après 12 mois (11). En revanche, l’impact du yoga ne semble pas supérieur à celui d’une intervention d’exercice actif (2). Après 7 jours, le yoga réduit plus la douleur par rapport à la kinésithérapie, mais ceci n’est pas visible à long terme (5).
Les méta-analyses montrent des améliorations à court terme du yoga sur la douleur et l'incapacité liée à la lombalgie avec un impact modéré à moyen terme et faible à long terme (5, 9, 12) et des tailles d’effet moyennes (4).
Ceci est constaté avec un minimum d'un cours de yoga par semaine de 75 min pendant 12 semaines pour un effet positif de 3 à 6 mois (9, 10).
La plupart des études rapportant des effets indésirables n’en signalent pas, les autres en signalent de façon rare qui sont légers ou modérés comme des douleurs articulaires ou une augmentation de la douleur (3, 4, 11, 12).
Le yoga pourrait donc réduire les douleurs liées à la lombalgie (3, 7, 13, 14), mais les mécanismes par lesquels il agit restent hypothétiques (6). Ils comprennent une augmentation de la flexibilité et de l'oxydation des tissus, un effet de relaxation au niveau du bas du dos et la libération d'endorphines (6). Les résultats pour le traitement de la douleur chronique de la lombalgie sont donc encourageants mais à nuancer en raison de la variété des lombalgies, des interventions de yoga et des mesures de résultats hétérogènes (6).
La cervicalgie est considérée comme une douleur cervicale persistante ou un inconfort sévère pendant plus de 3 mois, causée par des changements mécaniques et dégénératifs, et est la deuxième affection la plus courante pour laquelle des thérapies complémentaires sont utilisées (15, 16). La pratique de yoga améliore de façon significative les douleurs ainsi que l’amplitude de mouvement, par rapport à un groupe sans exercice et un groupe avec exercice (16, 17). En revanche, par rapport aux pilates, il n’y a pas eu de différence (16, 17). Mais les méta-analyses n’ont révélé que des améliorations à court terme (7, 15, 16). Le mécanisme par lequel le yoga agit sur cette douleur spécifique semble mieux connu. Grâce à la pratique des asanas en conscience, le yoga se concentre sur l'amélioration de la posture, de la flexibilité et de la force du patient permettant ainsi de rétablir une courbe cervicale normale (18). Dans certains cas, les muscles du haut du cou et pectoraux sont en contraction constante, l'objectif est de tenter de la réduire et de permettre l’ouverture de la poitrine (18). Une fois que la flexibilité est atteinte dans les muscles tendus, l'accent est mis sur le renforcement des muscles faibles pour pallier à long terme à ces douleurs (18).

L'arthrose implique une dégénérescence du cartilage avec des douleurs, une raideur articulaire, des mouvements restreints et une faiblesse musculaire (8). L'arthrose du genou est la maladie articulaire la plus courante chez les personnes âgées et la principale cause d'incapacité fonctionnelle (8).

Une réduction de 40 % de la douleur a suivi une semaine de retraite de yoga de façon significative par rapport à un groupe témoin, mais à court terme seulement pour des personnes âgées atteintes d’arthrose du genou (8). Les résultats sont les mêmes pour une étude combinant le biofeedback et le yoga avec une diminution de 47 % de la douleur après 8 semaines de traitement chez le groupe ayant reçu le biofeedback et le yoga par rapport au biofeedback seul (8). Il était également plus efficace que les exercices d’aérobie et le renforcement pour la population atteinte d’arthrose du genou (17).
A court terme, les études rapportent des effets statistiquement significatifs pour le yoga contre les douleurs et dans le recouvrement des fonctions chez des personnes souffrant d'arthrose du genou, des membres inférieurs et de la main (2, 17).
Si on s’intéresse en particulier aux douleurs chez la femme, le yoga semble être efficace pour les douleurs menstruelles et les douleurs liées à la grossesse. Parmi les thérapies complémentaires et alternatives, ces interventions sont facilement réalisables et souvent mieux acceptées que les options pharmacologiques (20).

Le yoga semble supprimer les douleurs menstruelles via la régulation à la baisse de l'axe hypothalamo-pituitaire-adrénalien et du système nerveux sympathique chez les femmes atteintes de dysménorrhée primaire avec une taille d’effet élevée (19).
Quant aux douleurs lombaires et pelviennes liées à la grossesse, elles touchent 50 % des femmes enceintes avec pour la plupart un rétablissement au cours de la période post-partum initiale, mais 40% continuent de ressentir cette douleur ou une incapacité 6 mois après l'accouchement (20). Le yoga pour ces douleurs entraîne des améliorations, et l’ajout de méditation et relaxation permet une amélioration du stress émotionnel en plus (20).
On vient de s’intéresser en détails à de grandes catégories de douleurs, les troubles musculo-squelettiques avec la lombalgie, l’arthrose, la cervicalgie, mais aussi aux douleurs menstruelles et liées à la grossesse chez la femme. Mais le yoga a aussi été étudié pour d’autres pathologies comme le syndrome du canal carpien, les migraines, le cancer du sein, la pancréatite chronique, le syndrome de fatigue chronique pour lesquels les résultats sont prometteurs mais encore trop rares (7, 13, 14, 21).

La principale question reste de savoir comment la pratique du yoga peut moduler la perception de la douleur (22). Trois hypothèses ont été avancées : un effet de l'attention avec une distraction de la douleur; un effet placebo, et une modulation de l'activité neuronale dans les régions liées à la douleur (22). En relation avec la première hypothèse, une étude avec MEG et EEG a montré que l'activité encéphalique liée à la douleur diminue lors des activités de distraction (22). En plus de ceci, une étude a indiqué que les activités liées à la douleur diminuent dans des conditions placebo, avec l'ampleur de cette diminution corrélée avec le soulagement de la douleur (22). Et enfin, grâce aux études de neuroimagerie, on pense que la pratique du yoga peut induire une augmentation ou une diminution de l'activité neuronale des régions du cerveau responsables de la perception de la douleur (22). Il faut souligner que ces études ont été menées avec des pratiquants de yoga, et non avec des patients souffrant de diagnostics de douleur qui ont participé à des séances de yoga (22). En effet, les yogis utiliseraient des stratégies cognitives impliquant l'activation parasympathique et la conscience intéroceptive (1). Cela pourrait être réalisé grâce à la concentration sur la respiration et sur les sensations sans y réagir, détendre l’esprit et le corps ce qui revient à un désengagement cognitif, entraînant une diminution de la dimension affective de la douleur et une augmentation de l'intéroception (1).
La théorie du Gate Control pourrait également concerner le yoga dans la mesure où c’est une forme d'auto-massage, avec le frottement des membres entre eux et contre le sol entraînant la stimulation des récepteurs de pression (8). Selon cette théorie, la douleur stimule des fibres nerveuses qui transmettent le signal de douleur au cerveau lentement, alors que les fibres transmettant le signal de pression le font plus vite (8). Le message de pression atteint le cerveau avant le message de douleur et « ferme la porte » à celui-ci (8).
Il est difficile de tirer des conclusions franches sur l’efficacité du yoga pour la douleur en raison des différents protocoles, des différents outils de mesure, des petits effectifs et de la courte durée des suivis (2, 9, 16). De plus, les essais n'évoquent pas si les patients adoptent correctement les postures, avec une respiration appropriée et une attention focalisée sur les sensations, éléments présumés nécessaires pour obtenir tous les bienfaits de la pratique (4). Les problématiques rencontrées ne sont pas des effets indésirables, mais un taux d’abandon élevé et un manque de régularité dans la pratique (2, 9).
La recherche dans ce domaine en est à ses débuts, mais des protocoles de plus en plus rigoureux se mettent en place pour pallier à la nécessité de recherches supplémentaires (13) Mais les résultats préliminaires encourageants indiquent que le yoga pourrait être utilisé comme outil pour aider les patients à mieux gérer les aspects biologiques, sociaux et psychologiques de la douleur chronique grâce à son approche reliant corps et esprit (13, 14).
Sources :
1 - Rivest-Gadbois E, Boudrias MH. What are the known effects of yoga on the brain in relation to motor performances, body awareness and pain? A narrative review. Complement Ther Med. 2019;44:129-142.
2 - Ward L, Stebbings S, Cherkin D, Baxter GD. Yoga for functional ability, pain and psychosocial outcomes in musculoskeletal conditions: a systematic review and meta-analysis. Musculoskeletal Care. 2013;11(4):203-217.
3 - Park J, Krause-Parello CA, Barnes CM. A Narrative Review of Movement-Based Mind-Body Interventions: Effects of Yoga, Tai Chi, and Qigong for Back Pain Patients. Holist Nurs Pract. 2020;34(1):3-23.
4 - Holtzman S, Beggs RT. Yoga for chronic low back pain: a meta-analysis of randomized controlled trials. Pain Res Manag. 2013;18(5):267-272.
5 - Zhu F, Zhang M, Wang D, Hong Q, Zeng C, Chen W. Yoga compared to non-exercise or physical therapy exercise on pain, disability, and quality of life for patients with chronic low back pain: A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. 2020;15(9):e0238544.
6 - Posadzki P, Ernst E, Terry R, Lee MS. Is yoga effective for pain? A systematic review of randomized clinical trials. Complement Ther Med. 2011;19(5):281-287.
7 - Sutar R, Yadav S, Desai G. Yoga intervention and functional pain syndromes: a selective review. Int Rev Psychiatry. 2016;28(3):316-322.
8 - Field T. Knee osteoarthritis pain in the elderly can be reduced by massage therapy, yoga and tai chi: A review. Complement Ther Clin Pract. 2016;22:87-92.
9 - Kim SD. Twelve Weeks of Yoga for Chronic Nonspecific Lower Back Pain: A Meta-Analysis. Pain Manag Nurs. 2020;21(6):536-542.
10 - Hill C. Is yoga an effective treatment in the management of patients with chronic low back pain compared with other care modalities - a systematic review. J Complement Integr Med. 2013;10:/j/jcim.2013.10.issue-1/jcim-2012-0007/jcim-2012-0007.xml.
11 - Wieland LS, Skoetz N, Pilkington K, Vempati R, D'Adamo CR, Berman BM. Yoga treatment for chronic non-specific low back pain. Cochrane Database Syst Rev. 2017;1(1):CD010671.
12 - Cramer H, Lauche R, Haller H, Dobos G. A systematic review and meta-analysis of yoga for low back pain. Clin J Pain. 2013;29(5):450-460.
13 - Wren AA, Wright MA, Carson JW, Keefe FJ. Yoga for persistent pain: new findings and directions for an ancient practice. Pain. 2011;152(3):477-480.
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19 - Kim SD. Yoga for menstrual pain in primary dysmenorrhea: A meta-analysis of randomized controlled trials. Complement Ther Clin Pract. 2019;36:94-99.
20 - Kinser PA, Pauli J, Jallo N, et al. Physical Activity and Yoga-Based Approaches for Pregnancy-Related Low Back and Pelvic Pain. J Obstet Gynecol Neonatal Nurs. 2017;46(3):334-346.
21 - Posadzki P, Ernst E. Yoga for low back pain: a systematic review of randomized clinical trials. Clin Rheumatol. 2011;30(9):1257-1262.
22 - Jurisic P, Salm DC, Vieira C, Cidral-Filho FJ, Mazzardo-Martins L, Martins DF. Pain-related encephalic regions influenced by yoga meditation: An integrative review. Complement Ther Clin Pract. 2018;31:320-324.




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