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Rituels : Le Temazcal

Dernière mise à jour : 7 janv. 2023

La culture méso-américaine regorge de rituels et médecines sacrées, liés à la nature, à vocation de soin du corps et de l’esprit. Si on s’intéresse au Temazcal, tradition qui persiste à travers le temps, on s’aperçoit que ce n’est pas si éloigné du “Furo” japonais, des hammams ou des différents bains et thermes plus européens.


Son nom en dit déjà long sur le rituel ! En otomi « temascal » signifie bain de vapeur (1). Temazcal avec un “z” est un mot espagnol dérivé du langage Nahuatl language, composé de “temas” le bain et “calli”, la maison. Dans les communautés parlant le Mam, il est appelé “chuj” (2). En somme, c’est un bain de vapeur traditionnel de pierres chaudes.


Le temazcal fait partie intégrante des pratiques culturelles indigènes où les peuples maintiennent leurs langues et pratiques de santé traditionnelles. A travers l'Amérique centrale depuis 900 ans avant notre ère (2), environ 1 à 2 millions d'autochtones d'origine maya l'utilisent mais également des peuples plus contemporains (7). On l’utilise à des fins de détente mais aussi de guérison (1,6). On pense que le temazcal a des propriétés curatives selon la théorie des humeurs qui est un concept important dans ces communautés (2,3,5). Il est utilisé particulièrement en post-partum dans un rituel précis, mais plus couramment en cas de maladie(1,7) par les adultes ou grands enfants, très rarement chez les bébés (7). Il est contre-indiqué en cas de fatigue, de problèmes respiratoires et cardiaques, d’opérations récentes ou de vaccinations et traitements lourds (1).



Théorie des humeurs

La bonne santé physique et mentale reposerait dans l’équilibre des 4 éléments : eau (froide et humide), air (chaud et humide), feu (chaud et sec), terre (froide et sèche). Une maladie est la manifestation d’un déséquilibre entre ceux-ci. Pour le rétablir il faudrait apporter les éléments opposés.



Structure du Temazcal

Les codex et fouilles archéologiques rapportent la présence quasi systématique d’un temazcal dans les maisons et temples (7). La découverte d'un de ces bains de vapeur du XIIe siècle au Guatemala, a permis de découvrir leur structure. (2,5,6,8,9) C’est un petit volume (5,5 m3), généralement construit en briques d'adobe avec un sol en terre battue partiellement recouvert d'une plateforme en bois. Le toit est fait de boue avec du bois et l’ensemble tient grâce à des poutres de soutien. Une chambre de combustion non ventilée fait face à la porte. Un feu de bois est construit pour chauffer des roches volcaniques situées au-dessus de celui-ci sur une grille métallique. L'ouverture de la porte est le seul point de ventilation et est recouverte de couvertures lourdes pendant l'utilisation pour conserver la chaleur (5,6,8,9). Dans les plus anciens on trouvait un trou de ventilation dans le mur pour évacuer la fumée de la chambre (2,5,6,8,9).



53,8 % des personnes interrogées dans une étude (2) utilisaient le temazcal une fois par semaine, 38,2 % deux fois par semaine et 4 % moins de deux fois par mois. Les 4% restants utilisaient le temazcal trois fois par semaine (2,5). La durée passée à l’intérieur varie beaucoup sauf pour la personne s’occupant du feu qui restait autour de 70 min à l’intérieur. La durée moyenne d'utilisation était de 37 min (5), mais cela peut aller de 11 min pour les enfants (en moyenne 20 min pour les moins de 12 ans (2)) à 98 min chez les adultes (5). Pour résumer, pas vraiment de fréquence ni de durée à suivre, plutôt tenir le temps que l’on peut tout en respectant ses limites et procéder à ce rituel quand on en ressent le besoin !



Il y a principalement 2 formes de temazcal qui se différencient par leur utilisation (7). L’un est utilisé à des fins thérapeutiques dans des cas de maladie selon la théorie des humeurs et l’autre dans les cérémonies traditionnelles en postpartum (7). Généralement, une personne est assignée à allumer le feu, puis une fois réduit à des braises incandescentes, les personnes entrent une ou deux à la fois et versent de l’eau froide sur les roches volcaniques chauffées pour générer de la vapeur (5,6).


Dans le cas du rituel postpartum, le père devait construire un temazcal près de la maison pour chaque naissance comme lieu de demande de la bonne santé de la mère et de l’enfant à Ndaca, la déesse des bains de vapeur (7). Il est construit face à l’est, où les rayons du soleil saluent Ndaca qui se trouverait dans le foyer (7). Les offrandes peuvent continuer jusqu’à ce que les enfants construisent leur propre temazcal (7). Le temazcal sera utilisé comme rituel de purification après l’accouchement, pour rétablir l’équilibre thermique (1) de la mère perturbé par la grossesse. Le temps passé dans la structure et la fréquence dépend de l’état de la mère (7) mais peut aller de 1 à 3 fois par semaine jusqu’à 2 fois par jour pendant les traditionnels 20 à 40 jours de récupération post partum pendant +/- 30 min (2,6). Selon la théorie des humeurs, l’accouchement comme l’allaitement entraînent un état froid, le temazcal devrait donc restaurer le chaud et permettre de retrouver un équilibre (3).


Mais en plus de ses vertus curatives, il a également une dimension plus spirituelle, représentant un microcosme qui reproduit les caractéristiques de l’univers, le macrocosme. Ayant pour but de nettoyer les auras et chakras, la cérémonie invite à l’introspection et à la connexion aux éléments. En constituant le ventre de la Terre Mère, Pachamama, les participants renaissent une fois la cérémonie terminée. Dans ces cas-là, il ne dure que 52 min car c’est toutes les 52 années solaires que le calendrier lunaire et maya se rejoignent. Il y a 13 pierres chaudes qui symbolisent les 13 divinités diurnes, au centre, image du nombril de la femme. La porte est ouverte 4 fois pour les 4 éléments permettant de réaliser ce rituel. Le feu est en direction de l’est où le soleil “Tonatiuh” se lève pour fertiliser la terre mère et créer la vie. Le temazcal entretient une secrète intimité avec le dieu du feu (šihta sipi), une des entités majeures du panthéon otomi, intermédiaire d’un rite de passage, de purification. Il reste fondamentalement associé à la nuit, car il met en scène deux forces primordiales actives dans l’obscurité : le masculin et le féminin, l’un étant associé à la couleur rouge, l’autre au noir, celui des enveloppes, des cavités, de l’utérus au cosmos (1).



Les différences dans les caractéristiques de conception d’un temazcal s’expliquent par l’utilisation des ménages (6) mais les différences de rituels en fonction des régions dépendent de l’hispanisme de la culture qui est restée (7).


Un danger que peut présenter le temazcal, est l’empoisonnement au CO (3,4,5,6). Il semble être la seule version de bain de vapeur dans laquelle les roches pour réchauffer la pièce sont préparées à l'aide d'un feu à l'intérieur de la structure, créant une forte chaleur et une atmosphère très humide, ce qui entraîne de grandes concentrations de CO potentiellement dangereuses (2,5,6). 70% des participants d’une étude montrent des signes liés à un empoisonnement au CO: migraines, étourdissements, difficulté à marcher, perte de connaissances ou endormissement, nausées et/ou vomissements (2). En mesurant les concentrations de CO après l’exposition, 98% des participants ont dépassé la norme de l'OMS pour une exposition de 15 min, et celle-ci était proportionnelle au temps passé dans le temazcal (5). Même si c’est leur seule exposition sur une période de 8 heures, ils excèdent tout de même les standards recommandés (2,5,6).



Pourquoi le CO est toxique ?

Une fois dans le sang, le CO se lie à l'hémoglobine avec une affinité 250 à 300 fois supérieure à celle de l'oxygène, diminuant la quantité d'oxyhémoglobine (celle liée à l'oxygène) et entraînant une hypoxie des tissus. Pour faire plus simple, les tissus ont du mal à respirer ! Les conséquences varient allant de maux de tête, étourdissements, aux crampes musculaires et vomissements, divers degrés de lésions cérébrales et d'altérations comportementales, voire à la perte de la conscience et la mort dans le pire des cas.



Le temazcal est un rituel traditionnel auquel on confère de nombreuses vertus, il est tout de même nécessaire de faire attention quant à sa fréquence d’utilisation et de toujours respecter son intégrité physique et mentale. Aujourd’hui, les seules données sur les bienfaits du Temazcal relèvent de ses mécanismes similaires aux saunas. Il serait intéressant de découvrir les changements physiologiques qu’il entraîne desquels découlent les conséquences psychologiques de manière plus objective et contrôlée que par des témoignages et anecdotes.


Sources


1- Jacques Galinier, « L’inframonde au zénith », Ateliers d’anthropologie [En ligne], 48 | 2020, mis en ligne le 03 juillet 2020. URL : http://journals.openedition.org/ateliers/13576


2- Thompson LM, Clark M, Cadman B, Canúz E, Smith KR. Exposures to high levels of carbon monoxide from wood-fired temazcal (steam bath) use in highland Guatemala. Int J Occup Environ Health. 2011 Apr-Jun;17(2):103-12.


3-Radoff KA, Thompson LM, Bly KC, Romero C. Practices related to postpartum uterine involution in the Western Highlands of Guatemala. Midwifery. 2013 Mar;29(3):225-32.


4- Wren HM, Solomons NW, Chomat AM, Scott ME, Koski KG. Cultural determinants of optimal breastfeeding practices among indigenous Mam-Mayan women in the Western Highlands of Guatemala. J Hum Lact. 2015 Feb;31(1):172-84.


5- Long AS, Lemieux CL, Yousefi P, Ruiz-Mercado I, Lam NL, Orellana CR, White PA, Smith KR, Holland N. Human urinary mutagenicity after wood smoke exposure during traditional temazcal use. Mutagenesis. 2014 Sep;29(5):367-77.


6- Lam N, Nicas M, Ruiz-Mercado I, Thompson L, M. Romero C, Smith KR. Non-invasive measurement of carbon monoxide burden in Guatemalan children and adults following wood-fired temazcal (sauna-bath) use. J. Environ. Monit. 2011. 13:2172-2181.


7- Ibach, Thomas J., "The Temascal and Humoral Medicine in Santa Cruz Mixtepec, Juxtlahuaca, Oaxaca, Mexico. " Master's Thesis, University of Tennessee, 1981.


8 - Ichon A. Society for American Archaeology - A Late Postclassic Sweathouse in the Highlands of Guatemala. American Antiquity. 1977 Apr;42(2):203-209.


9 - Matarredona Desantes, Nuria. The Steambath Architecture in Maya Culture. Estudios de cultura maya. 2014 44:11-40.




 
 
 

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